Un township, c’est là où l’apartheid a forcé les Sud-Africains non blancs à vivre, en marge des villes, sous des lois comme le Natives (Urban Areas) Act de 1923 et le Group Areas Act de 1950. La catégorie légale a été abolie en 1991, mais la géographie qu’elle a créée n’a pas bougé, et des millions de personnes vivent encore aujourd’hui dans ces quartiers. C’est la première chose à saisir avant de réserver une visite : un township n’est ni un musée ni un bidonville à mater, mais un lieu vivant avec sa propre histoire, son économie et sa fierté. Votre façon de visiter décide si vous l’honorez ou l’exploitez.
Le débat honnête mérite d’être abordé de front. Les critiques qualifient le tourisme de township de voyeurisme, et au pire, un car rampant devant les portes pendant qu’on photographie la pauvreté, ils ont raison. Les défenseurs pointent les emplois créés, la fierté des guides montrant leur propre quartier et l’image plus complète du pays qu’il donne aux visiteurs qui ne verraient autrement que les domaines viticoles et les lodges de safari, et ils ont raison aussi. La résolution se joue dans le format. Une visite menée par un guide du township, à pied ou à vélo, avec un opérateur qui réinvestit localement et où vous mangez, parlez et dépensez vraiment, en vaut la peine et constitue souvent la journée la plus mémorable d’un voyage. Un passage en voiture avec arrêts photo est la version à refuser.
Chaque township du pays porte sa propre histoire. Soweto, à Johannesburg, est le plus visité et le plus historique, environ 1,3 million d’habitants et le berceau de la résistance, et notre guide de Soweto couvre ses rues et ses sites. Alexandra, où un jeune Mandela a vécu, contraste de façon brutale avec les tours de Sandton voisine. Au Cap, Langa est le plus ancien, datant de 1927, Khayelitsha figure parmi les plus grands, et Gugulethu garde la mémoire d’Amy Biehl. Quel que soit celui que vous visitez, les règles sont les mêmes : choisissez un guide local, allez à pied, demandez avant de photographier qui que ce soit, ne distribuez jamais argent ni bonbons aux enfants, et dépensez là où vous marchez. Faites cela bien et une visite de township devient le coeur humain d’un séjour sud-africain plutôt que son heure la plus gênante.